28-10-2012

 

…quelques animaux spéculent, avec sans aucun mot pour ça, sur la possibilité – ou l'impossibilité – d'être maître de son "destin". Ce ne sont pas des humains qui envisageraient ce genre de questions. Eux, ils détruisent les villes de l'ennemi pour passer le temps et se massacrent parce que quand même c'est bien marrant. Les bêtes tout autour les observent perplexes, se demandant ce que c'est que cet animal qui n'aime rien tant que détruire. Les animaux se demandent, sans langue ni parole, pourquoi les humains refusent le réel comme le possible : les animaux savent sans distance qu'en touchant le réel on ouvre le possible. Ils le savent parce qu'ils ne parlent pas, ils cancanent, ils bêlent, aboient, miaulent, rugissent, hululent, piaillent, grognent, hurlent, caquètent, chantent, rugissent, hennissent, meuglent, croassent, sifflent, glapissent, couinent, jappent, bourdonnent, braient, gazouillent, croulent, clabaudent, blatèrent, barrissent, trissent, ricanent, grincent, roucoulent, stridulent, coassent, feulent, zinzinulent, grommellent, font toutes sortes de bruits d'où ne s'entend que leur présence dans l'instant. Mais les humains, eux, parlent, depuis plusieurs dizaines de milliers d'années, il ont recouvert de mots ce qui est et devient, une multitude de mots dans une multitude de langues, où tout disparaît. Dire les choses, c'est aussi les nier, les décrire : les effacer. La langue ne fait rien surgir, elle n'exhibe que des spectres, des morts qui nous reviennent…