Entropie générale

Critiques - Philo - Bande dessinée - Photos

06 juillet 2008

Sans histoire

Pas_d_ange_51Scène 109 :
        les noms du monde retirés, il faut faire face à ce qui vient comme si jamais rien ne fut au moins 2 fois

Scène -1 :
        il a fallu 2, et même 3, pour que la langue apprenne les choses et les dissémine en signes.

Scène π :
        mais 1 ne cesse, fait retour encore, se cercle n fois à l'infini, et si 2, et si 3, tout comme 1, et 2 et 3 et tout le reste toujours forclos en 1

Scène -1879 :
        l'homme sans nom déclare : l'être, quelle foutaise

Scène -541 :
        il s'endort, rêve d'une langue pas très calme, plutôt inquiète, où cligne la singularité de chaque nom

__73_puisance_12_
        les langues agitées par les images, rien déjà ne s'entend comme si 1, en même temps nom en même temps chose, ceci-non-pas-cela se prononce dans l'impossible temps d'une présence

10_puissance_80
        Lunique martèle : j'ai compté toutes les matières, je sais tout ce qu'il y a par son nombre, la quantité signe l'existence des choses et des êtres, en autorise la possession comme la maîtrise, c'est là la loi de l'1, il n'y en a pas d'autre

Scène -13 :
        l'homme sans nom répond : l'1, quelle foutaise. S'il n'y a que de l'1 où toute différence aurait son séjour, il n'est plus qu'une seule politique possible où chacun n'a d'autre choix que celui du nombre. L'1 n'est pas, il ne fait pas même défaut ni manque, ou alors, il n'est jamais que ce que l'histoire a fait de nos désirs, la construction d'un temps singulier où il se donne pour nature

10_puissance__18
        à peine grains en extrême cumul, de seuil en seuil pèsent de tout le poids de l'espace, s'individuent matières, corps, fragments sans nombre séparés, que le temps l'espace redistribuent en différence. Pas de 1. Un presque 0 proliférant réalise l'irrémédiable présence des choses.

Scène -1777 :
        l'homme sans nom précise : Lunique dit qu'il a fait l'espace pour : enfin quelque chose, il y a mis tout ce qu'il a pu mais 1, seulement 1 lui au centre, et même si 2 et même si 3 ou autre, au bout du compte encore 1. On peut toujours le croire, quand bien même, n'a pu faire le temps -Lunique ne construit que des cercles-, l'homme si, et là plus ni 1 ni centre -si tant est que jamais 1, que jamais centre.

Scène 68,718,952,447 :
        la langue décalque l'1 sa logique, acquiesce à son arbitraire : analogie, métaphore, métonymie, synonymie, tautologie, etc… définissent le territoire où il se meut sans bouger, y dictent sa politique, Sauf : une inquiétude habite les noms où l'absolu de l'1 s'effondre à presque 0, tout sens s'épuise à l'épreuve du réel, s'ouvre les corps à ce qui vient. Si 1 pur immobile de l'origine, presque 0 encore toujours possible devenir.

Scène (n-1) :
        tant d'images peuplent les noms que la langue s'y affole ou se fait silence. Ce qui se trace hors la lettre -dans l'autre nuit de l'alangue à même les parois du crâne qu'accueille la pierre- bruit de la rumeur d'un monde pas 1, pas 2 ni 3 ou autre. Le dessin n'a d'autre matière que le presque 0 de l'absence, il en parcourt la singularité que le nom forclos 1, il le soustrait, le retire, le retranche, l'abolit pour laisser nu l'apparaître des choses et des êtres.

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Toute une histoire

Lunique
Scène 1 :
        un grand vide blanc infini sans bord ni centre, respire calme

Scène 2 :
        en dedans de ça, grand vide blanc etc… etc…, de l’air chaud plus que chaud, pure chaleur en mouvement rapide et aléatoire, chaos sans raison, pas possible autrement

Scène 3 :
        l’air -mais pas l’air, mot tout juste commode pour quelque chose à peine déjà plus rien- l’air ainsi plusieurs millions d’années durant, et puis disparition

Scène 4 :
        plusieurs millions d’années impropre cependant, pas vraiment du temps, pas du temps du tout, rien en succession, simultanéité sans borne, infinie, instantanée

Scène 5 :
        plus rien enfin donc, ou plutôt longue incertitude interminable, est-ce rien est-ce quelque chose

Scène 6 :
        une respiration, mais pas de lieu pour ça -où donc ça

Scène 7 :
        souffle blanc encore, mais où donc ça, est-il possible ça pas de lieu

Scène 8 :
        rumeur compacte finalement, petit volume de rien très dense là, tout petit point sans étendue aussi vaste que l’espace, comme si tout là et pourtant rien, exactement rien lourd de tout, palpitation non pas présence

Scène 9 :
        palpitation plus vite jusqu’à vibratoire

Scène 10 :
        accumulation d’énergie à saturation, rien plus en plus instable

Scène 11 :
        matière, par excès d’énergie, matière, particules plus en plus dense

Scène 12 :
        à masse critique, effondrement, phénomène incompréhensible, infinité d’événements simultanés développés en fraction de fraction de seconde

Scène 13 :
        de nouveau plus rien ou tout comme

Scène 14 :
        drame de la matière

Scène 15 :
        voix-off : (un œil ouvert, refermé aussitôt, témoin sans témoignage possible à jamais)

Scène 16 :
        des étoiles, des planètes, des corps en chute sans fin, quelques énigmes blanches, noires, de la lumière pas de bruit

Scène 17 :
        du temps enfin

Scène 18 :
        de l’eau, de la terre, de l’air, du feu, quatre lettres pour tout écrire

Scène 19 :
        un océan bouillonnant, grondant, peuplé de cris à venir

Scène 20 :
        en dedans, accumulation d’informations jusqu’à embryon de mémoire, agencement de matière jusqu’à reproduction

Scène 21 :
        reproduction de la mémoire, reproduction des corps

Scène 22 :
        quelque chose mange la lumière du soleil

Scène 23 :
        ça se reproduit par excroissance et dédoublement

Scène 24 :
        reproduction d’un message organique

Scène 25 :
        ça mute et mange son origine sans bouche ni estomac

Scène 26 :
        du végétal, de l’animal

Scène 27 :
        du temps, plein, métamorphose les corps

Scène 28 :
        ça évolue, par hasard, par nécessité, tente tous les possibles

Scène 29 :
        des organes frappent la pierre

Scène 30 :
        des mains dansent au dessus des flammes des volcans

Scène 31 :
        des mains façonnent les matières

Scène 32 :
        des mains brandissent les premiers mots et des bouches prononcent les objets

Scène 33 :
        des signes apparaissent, le monde entre en représentation, se nomme en ses images

Scène 34 :
        murmures incompréhensibles

Scène 35 :
        le temps se donne un nom, il s’énonce mythe pour commencer, des signes le traduisent dans une langue prononçable

Scène 36 :
        toujours personne sur scène

Scène 37 :
        le temps s’écrit maintenant histoire, des témoins attestent de ce qui fut

Scène 38 :
        le temps, le mythe, l’histoire, tout en place maintenant, l’acteur entre en scène, mange le rôle qui le mange

Scène 39 :
        le public mange l’acteur

Scène 40 :
        l’homme sans corps assiste absent à la tombe du monde dans la langue

Scène 41 :
        l’acteur cherche sa voix dans ses vides

Scène 42 :
        l’homme au corps absent tue l’homme sans corps, prend sa place

Scène 43 :
        il danse et sort

Scène 44 :
        les animaux défilent derrière l’acteur qui récite leur nom

Scène 45 :
        vient le (tigre), l’acteur ne dit rien

Scène 46 :
        le public croit à un trou de mémoire de l’acteur, il lui souffle : le tigre, le tigre

Scène 47 :
        (le tigre) mange le public

Scène 48 :
        l’acteur prononce la liste de ses autres

Scène 49 :
        l’artiste exécute la liste de ses gestes

Scène 50 :
        le juge déclame la liste de ses lois

Scène 51 :
        le public hurle la liste de ses droits

Scène 52 :
        l’homme au corps absent ne récite rien, il chante

Scène 53 :
        l’acteur cherche un corps pour poser sa tête

Scène 54 :
        l’acteur coupe en deux le monde de son corps, de ses gestes

Scène 55 :
        l’animal rentre en scène, sans un mot raconte l’histoire de l’homme vivant

Scène 56 :
        l’homme vivant rentre en scène, raconte l’histoire de l’homme mort

Scène 57 :
        l’homme mort rentre en scène, récite la liste des noms de tous

Scène 58 :
        l’homme mort sort

Scène 59 :
        l’homme vivant répète son nom jusqu’à la confusion des sons

Scène 60 :
        l’animal récite la liste de tous ceux vivant par oubli

Scène 61 :
        voix-off : (l’animal est sans parole, cependant chacun entend en son son un nom comme si sien)

Scène 62 :
        chaque spectateur s’endort en entendant son nom

Scène 63 :
        l’acteur s’éveille en écoutant le sien

Scène 64 :
        l’acteur parle avec animation de la chute nécessaire de l’ange

Scène 65 :
        l’ange énonce avec animalion la tombe inévitable de l’homme

Scène 66 :
        voix-off : (messager sans message, l’ange donne en partage la fiction de Lunique)

Scène 67 :
        l’homme mort entre

Scène 68 :
        l’homme mort sort

Scène 69 :
        l’ange raconte l’homme viviande par son sexe

Scène 70 :
        l’homme viviande déclare : l’homme droit  découpe le monde en morceaux

Scène 71 :
        l’homme droit affirme : l’homme viviande pense le monde en morceaux

Scène 72 :
        l’acteur ramasse les morceaux du monde, les éparpille sur la scène

Scène 73 :
        le public n’apprécie pas ce désordre

Scène 74 :
        voix-off : (principe premier de l’ordre : rien ne devrait jamais être autre chose que ce qu’il est au lieu qui lui est assigné, mais rien ne peut persister dans son être -sauf peut-être les pierres, et encore)

Scène 75 :
        l’homme vivant accroit la confusion, met des morceaux dans les morceaux

Scène 76 :
        le public exige l’intervention de Lunique

Scène 77 :
        Lunique se précipite à l’avant-scène et hurle la liste des Lois

Scène 78 :
        voix-off : (Lunique prononce le monde pour le rendre réel, il lui impose ce qu’il doit être, mais il est déjà devenu autre chose)

Scène 79 :
        on met des têtes sur des socles

Scène 80 :
        le public scande : nous voulons des morts pour bâtir des monuments

Scène 81 :
        voix-off : (politique mémoire de pierre afin que tout puisse s’oublier irrémédiablement)

Scène 82 :
        l’homme mort entre

Scène 83 :
        l’homme mort sort

Scène 84
        la police débarrasse la scène des morceaux du monde

Scène 85 :
        l’homme droit érige des temples, reproduit le temps

Scène 86 :
        Lunique s’impose au centre des temples

Scène 87 :
        les statues ont le regard bleu & aveugle

Scène 88 :
        l’acteur entre dans les temples, joue le rôle de l’homme mort

Scène 89 :
        l’acteur-homme mort danse la gigue de la genèse de l’homme sans nom

Scène 90 :
        voix-off : (la gigue est danse de mort, mais là il y va de la vie)

Scène 91 :
        un rayon vertical tombe de la voûte, pulvérise l’autel

Scène 92 :
        voix-off : (tout ça n’est pas très rationnel)

Scène 93 :
        l’homme sans nom émerge des décombres

Scène 94 :
        l’homme sans nom n’a pas de visage, seulement un trou

Scène 95 :
        l’homme sans nom décapite les statues -ça défoule

Scène 96 :
        l’œil de Lunique commence à se fermer

Scène 97 :
        voix-off : (mais l’œil de Lui regarde seul le vide, se ferme sur le néant, son regard est sans vue)

Scène 98 :
        l’acteur achève Lunique en nommant les étoiles un à une

Scène 99 :
        toutes les lumières s’éteignent, ne s’entend plus que la respiration anxieuse du public

Scène 100 :
        la voix de l’ange parle du feu qui brûle dans son corps

Scène 101 :
        quelque chose tombe, se casse

Scène 102 :
        débris d’une tête, au pied d’un socle, un poste télé s’allume à côté

Scène 103 :
        sur l’écran sont rassemblés Lunique, l’acteur, l’ange, le public, la police, l’homme, l’homme sans corps, l’homme au corps absent, l’homme vivant, l’homme mort, l’homme viviande, l’homme droit, l’homme sans nom, l’animal et le tigre

Scène 104 :
        tous sortent de l’image, pas l’acteur

Scène 105 :
        le poste implose

Scène 106 :
        un second poste placé sur le socle s’allume alors

Scène 107 :
        voix-off : (tout recommence en différence, le monde est autre au moment où il revient au même)

Scène 108 :
        à travers l’écran un grand vide blanc infini sans bord ni centre, respire calme

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01 octobre 2006

Le Lynx dans le texte -3

VIII
un cri de l'animal-de-l'homme habite
les paroles il inscrit
un savoir insu de ce temps
sans témoin cri peu audible
pas du tout même signe d'un savoir
juste signe d'un savoir
insu d'un temps sans témoin bien avant
qu'une conscience ne soit temps-moins-que-zéro
inscrit à même
l'os dans la matière même
des corps debout l'origine
prononce un défaut du monde de sa perfection
même elle s'invente
du vide de ce temps-moins-que-zéro tout
cet avant du temps
sans durée elle ne parle
pas ne dit rien bruit
seulement en silence en l'homme-pas-encore-debout bientôt
parlant les corps se cognent contre
les matières elles inclinent
ce pas-tout-à-fait-homme à
un rapport où elle se raisonne
l'orbe des geste accomplit
l'outil chaque choc contre la pierre
ou le bois ouvre une voix plus tout
à fait animal dans l'encore
chaos nocturne des matières

IX
apprendre à être nu rien
savoir encore que s'ouvre
à chacun tout l'espace d'un temps
abandonné d'origine comme
de finalité des geste seconds
reviennent de l'intérieur de la nuit
la plus ancienne des gestes
rémanents à la surface d'un savoir-faire
nécessaire il faut d'abord tracer
le monde pour qu'il prenne
corps le tracer c'est
dessiner la carte de son nom
multiple ça ne vient
pas du dehors ça ne vient pas
du dedans le commencement
est au milieu il se déplace
avec le milieu l'animal-de-l'homme
prononce chacune des lettres
de son nom debout
au milieu des signes chaque
lettre prolifère en tout
sens pour que là
toutes les langues à chaque
autre la sienne personne
celle de tous

X
tout petit espace immense
de la nuit vaste comme
le dehors ajusté aux parois de roc
que les bêtes parcourent sur les bords longtemps
que plus personne dès lors seulement
les animaux courant encore depuis
le silence d'un commencement à nouveau
une lumière là maintenant
les révèlent dans l'instant de toute leur épaisseur
d'ères tout ce qui s'y montre fait
corps d'un vivant retenu là la nuit
s'agite des signes ne disent
déjà rien de suite rien et nous
atteignent du plus lointain de leur indétermination

XI
immobile raison de l'image que le mouvement
d'une nuit seconde déplace tout
ce qui fut premier est le déjà-là
d'un autre premier il se précède et
ne fonde rien pour ceux-là
au commencement encore s'invente
déjà précis dans une lumière
technique tout savoir d'un monde
qui devient et aussi son dehors
pas de projet ici ni
d'arraisonnement du temps rien
d'irrévocablement déterminé seulement
la rencontre d'un possible instant

XII
des signes prolifèrent jusqu'à devenir
figures se sera écrit là à cœur
de matière une mémoire déjà
imprononçable elle hante la nuit
des ères les plis du sol habité
du vivant murmure peu compréhensible
maintenant depuis lors bruissement
à peine il nous atteint comme
le témoignage d'une saisie seconde
du monde c'est là que
ça commence dans un secondement
de l'origine ce qui se trace
atteste que ce qui est
premier déjà est second

XIII
dans la nuit technique
de la chambre le monde disparaît
par les bords hors une image
que nul n'a vue
alors elle est celle-ci
de ce qu'elle cache comme
de cet instant de nul présence

XIV
petite montée des images
instantanément par la nuit
happées elle les recueille lentement
sitôt là d'à peine fragments
de sens de la masse du monde
affleurent petites choses infimes presque
moins que des signes d'où
se constelle un improbable regard tout
petits bouts de sens d'où le monde
se cache et que dissémine
un introuvable sujet

XV
de son fond de silence l'image
ne raconte rien s'y oriente
à peine du sens mais
pas le moindre message s'appelle
faiblement une parole de personne comme
pour tenter de prendre corps
d'un lieu de désir hors
sa surface elle ne peut rien demeure
l'illusion choisie d'un regard

XVI
l'image pivote sur l'axe
du réel bruit
de son silence tout autour
il est là l'image en capture
peu de sa surface elle se sépare
assigne chacun en face et tous
peuvent voir que son mensonge est aussi
définitivement le leur

XVII
tout un tas d'images déterritorialisées petits fragments
non-synchrones pas même ajustables bricolent
par petits bouts une représentation
du monde à peine fiable l'image
se pense comme fragment du réel non
pas comme le résultat d'un acte ou
d'une expérience mais
d'une intention pourtant

XVIII
l'image est seule liées de tout
ce qui ne s'y montre pas solidaire
bien que séparée la nuit l'entoure
nuit blanche et transparente où
le monde n'a de cesse

XIX
une image photo est
comme de personne ne se soutient
que d'un anonymat singulier un nom
ne s'y entend que depuis
son silence ne s'appuie d'aucun
mais cependant de quelqu'un sujet
quelconque à la présence hors-cadre

XX
toutes les images
ensemble forment un autre
du monde que rien de réel
n'habite une figure sans
visage une empreinte signant
l'absence des choses ce qui
se montre ici et maintenant
n'est plus ni ici ni
maintenant tout nous atteint
dans une séparation

XXI
ce qui est caché de l'image le regard
le suppose chacun se voit là
où il est occulté au lieu même
de son absence il est le témoin
manquant d'un événement peu
advenu irrémédiablement fait défaut
ne fût en ce lieu ni instant
n'a pas vu ce qu'il voit là un autre
regard force le sien l'appelle sans
se nommer l'engage dans un mouvement
sans appartenance

XXII
une masse d'images affole
le réel en amplifie l'impact
le sursignifie en même temps
elle ne prononce rien
de vrai seuls circulent des signes
où s'ouvre un accès
à son indétermination se peut
aussi qu'un bloc d'images arrête
le réel par excès de sens
le surplombe en bloque
le flux cependant sature
toute vérité du geste même
qui la rend à son impossibilité d'une

XXIII
nul ne parcourt rien
de plus que l'espace
minimum de son nom mais
aussi habite tout le reste chacun
entre dans les images comme
dans une vie possible qu'hante
une mort déjà-là minimum
et sans mesure chacun
se dépeuple de tous
et de soi chacun
vit en terre étrangère ou
s'empare des images d'une vie
dans la mort déjà-là

XXIV
une photo scelle le réel en barre
l'accès plus que ne le permet capture
d'infimes fragments où tout
se perd saisie
elle ne met pas en présence
d'une vérité mais
d'une intention s'observent les choses
s'enregistrent quelques apparitions
sensibles comme capture
d'à peine signes d'où
se manifeste un regard rien
de présent ici hors
un écart

XXV
une photo se développe
sur une frontière neutre tente
d'en cartographier le territoire mais
est aussi la conséquence
d'un regard tout objectif
se double d'un sujet un désir
neutre arpente une limite où
un nom s'ajuste
à des signes

XXVI
une photo double le réel le dépasse
le copie trace à la perfection
la clôture de sa ressemblance une image
confondante de son territoire mais plus
elle colle à son modèle plus elle
se manifeste comme fiction une photo
dédouble toute chose réplique
immanente et technique où s'achève
le cercle de leur représentation sa perfection
d'image ne se donne pas
pour vérité mais regard

XXVII
une photo n'est rien
de plus que ce qu'elle montre en même
temps ce qu'elle cache ouvre le catégorique
de son affirmation à l'espace
sans limite de la lecture

XXVIII
une photo témoigne et
ment ou se trompe dans le même
temps sa vue se détermine
d'une intention fût-elle
de témoigner sa description n'est pas
sans perte elle cache pour
montrer elle fait silence pour
que quelque chose s'y entende

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23 septembre 2006

Le Lynx dans le texte -2

III
de sa main
avec sa main
l'animal-de-l'homme creuse
les matières cernantes du corps
s'éprouve de sa résistance
travaille pétrit forme déforme
fabrique l'objet de l'objet
un écran d'outils double le monde
l'oriente à sa loi
reprend la nature de sa loi
il y a un temps maintenant
de matières œuvrées
et les mots les paroles les langues
arpentent l'espace de l'outil à la main
une mémoire s'invente
elle-même dans le faire s'invente
comme dérivant du corps
d'emblée inscrite au dehors
d'emblée prononcée du dehors
une mémoire technique solide matérielle
non-biologique
d'où se met en mouvement
l'effondement nécessaire des ères

IV
une chose la main la saisie
-une chose avant même qu'objet-
éprouve sa résistance
comme physique du possible
risque sa résistance
en des gestes répétés
qu'inclinent la matière
la nature s'écrit monde
droit devant à l'outil ajustée
elle se renomme sans fin
du dehors ici-bas
le temps ne lui appartient plus seulement
elle est maintenant aussi affrontée
à l'immanence des techniques

V
une aube crépusculaire
éclaire un avant-temps
qui n'est pas en principe
ni ne fonde rien
elle révèle juste le périmètre
d'un dehors inassignable
et pourtant ici-bas
une langue flue des matières œuvrées
une langue appelant de petits bruits d'outils
appelant doucement pour ne pas inquiéter
une distribution seulement physique des choses
là se prononce des mots encore à venir
choc contre la pierre ou le bois
des souffles reprennent les sons en noms
ça vibre jusqu'à se dire
jusqu'à ce qu'un chant horizontal
prolonge la nature en monde
du sens arpente le temps de la fabrication
et des noms peuplent lentement
l'espace ouvert des ères indécises

VI
souci immédiat de la main
à la résistance des matières
l'outil s'y invente
la puissance des choses
monte à la surface des gestes
c'est que l'animal-de-l'homme
s'écarte de la nature pour le monde
séparation technique de l'origine
s'isole un temps-moins-que-zéro
d'où sourd un récit
d'un fondement déjà défait

VII
quelque chose à nouveau commence
en la nuit permanente
peu éclairée de feux inquiets
l'animal-de-l'homme trace
à l'opportunité des parois
les figures d'un monde
déjà vivant
au bord du temps-moins-que-zéro
un monde commence encore
au lieu-même des images
que le vide d'un avant-temps
déplie indéfiniment

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21 septembre 2006

Le Lynx dans le texte -1

I
entendre
quoi comment
entendre le récit de ce qui commence
ce qui commence et dire
Ça ne fonde rien
seulement ça -ça commence
parce que ça a déjà commencé
ça a toujours déjà commencé
alors ça commence encore (n-1) fois
(n-1) fois ça commence
non pas que ça recommence
ça commence encore à nouveau
ce n'est pas le même qui commence et recommence
c'est toujours autre chose
à chaque fois autre chose
(n-1) fois autre chose
ici aussi ça commence
en lieu et place d'une parole seconde
l'entendre et entrer
l'entendre pour entrer
là où il n'y a pas de parole encore
définitivement pas de parole encore
en faire l'expérience
se cogner contre le mutisme compact du réel
entendre ce qui le traverse
son immanence proliférante
ce silence obstiné qui ne rien
absolument rien
sauf ceci
l'origine n'est pas ce qui commence
mais fait commencer
c'est toujours ça
commencer est ce qui ce fait
ne cesse de se faire
ça a toujours déjà commencé
l'origine s'y achève
elle ne porte aucun nom
ne fonde rien
elle ouvre seulement la possibilité
d'un commencement second
puis d'un autre encore
(n-1) fois un autre encore
son récit est le témoignage
du silence le plus ancien
le plus ancien non premier
en premier n'a pas de raison d'être
c'est toujours par le milieu que ça commence

II
Une faille du nom
une faille du un
commence le monde bien au-delà
lui donne lieu bien au-delà
bien au-delà de lui-même en lui-même
l'engage et l'expose au dehors
le rend au dedans
toute sa transcendance s'exile sans retour
et affirme le mensonge de l'un
le monde n'a pas de nom
le monde n'est pas un
sa perfection s'achève dès que fait
dès que fait dès que dit
pour que ça commence
pour que ça commence encore
(n-1) fois encore
jusqu'à la venue de l'animal-de-l'homme
il compte à partir du milieu
rejoue le commencement depuis le milieu
le renomme du milieu
ça ne vient pas du dehors
ça ne vient pas du dedans
le commencement est au milieu
il se déplace avec le milieu
en lien avec le milieu
l'animal-de-l'homme prononce
chacune des lettres de son nom
debout au milieu des signes
chaque lettre prolifère en tout sens
pour que là toutes les langues
à chaque autre la sienne
personne celle de tous

Posté par yellowkid à 17:55 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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