Beau fixe 135
Jour n'allant pas seul 132
11-05-2012
…chacun qui est en vie, est toujours accompagné de soi mort. Il faut bien se confronter à cette négation de soi-même si nous désirons habiter le vivant. Il n'est pas besoin de faire grand chose pour ça, juste savoir prononcer son nom comme appelant ce mort de soi. Ce mort de soi, ce soi mort, personne ne l'entend répondre, mais il répond, et c'est un oui qu'un presque néant porte par-dessus le silence. Parce que ce soi mort n'a rien de réel, il est juste un miroir où nul ne peut se voir…
Beau fixe 134
Jour n'allant pas seul 131
10-05-2012
…je suis habité par tant de noms, que le mien ne s'entend pas. En quoi y en aurait-il un qui soit le mien, c'est là toute la question, mais, pour commencer, il en est un qui m'a accueilli, je n'y suis cependant pas chez moi. Sa loi me rappelle à une histoire me précédant, une histoire dont les silences me constituent bien plus que les paroles. Ce nom accueillant, je l'accueille à mon tour, il se perd parmi les autres, se mêle à eux, et ne prononce plus rien que chacun d'eux ne traduise en une autre langue et déplace. Il se défait de sa vérité et la donne à son autre, celui-là toujours déjà mort…
Beau fixe 133
Jour n'allant pas seul 130
09-05-2012
…je cherche ma pensée dans un labyrinthe de silences. Enfin, quand je dis ma pensée, c'est une façon de parler : elle ne m'appartient pas plus qu'à quiconque. Pas moins non Pus. Ce que je veux dire, c'est que je tente de prononcer un peu de ce monde qui se dérobe à mon approche. Ma langue prend un malin plaisir à se déployer à vide. Mais dans ce vide, cependant, quelque chose d'une existence qui n'est pas la mienne. Peut-être pas celle de tous et de chacun, mais un peu du commun qui les traverse toutes. Du commun d'où ne s'autorise aucune communauté. Un simple lien nous déliant de tout lien. Il nous lie et nous délie en même temps. Je ne suis responsable que de l'autre, mai lui non de moi. Il y faut autrui, la troisième personne pas, seulement une mais aussi collective, pour recueillir cette responsabilité. Et je suis aussi en ce il. Je participe à son action pour construire cette réponse hospitalière qu'un autre ne me doit pas…
Beau fixe 132
Jour n'allant pas seul 129
08-05-2012
…où est le monde quand j'écris ? Où est tout ce qui est ? Il se retire d'un coup bien au-delà de tout horizon. Ne subsiste que quelques traces ténues que l'écriture n'accueille que peu. Dans le texte, il n'y a que la langue à l'abandon du monde. Sans doute y trouve-t-il sa place par son absence obstinée. Et, si rien ne s'y rencontre, quelque chose y vibre cependant. Y circulent, en une langue muette, des images rémanentes. Elles sont une matière pour de possibles dérives…
Beau fixe 131
Jour n'allant pas seul 128
07-05-2012
…à peine silhouette dans la nuit marchande peuplant peu les rues nous nous saisissons d'objets sans distance pour que tout notre ennui se dissolve dans la frustration compacte de celui qui manque toutes ces choses qui nous occupent orientent le vide vers un vide plus grand encore nous n'accumulons que du manque et n'avons plus que le spectacle comme maison…



















